slip-pery slope

Mar 23, 17 slip-pery slope

Hé bien, c’est le printemps chez les éditeurs ! Ils enchaînent les sorties qui font sacrément plaisir. En tout cas, chez nous qui n’avons que très peu de neuf mais qui en parlons beaucoup, il y a dorénavant une nouvelle poignée de titres indés sélectionnés avec soin et délectation parmi les nouveautés de nos petits chouchous. Ut, chez Mosquito, Sestrieres chez Çà et là, Akasake en auto-édition, l’Exécuteur T2 chez Delirium, la Cantine de minuit au lézard noir…

Nous n’aurions pas la place de tous les lister. Nous en serions presque débordés ! De tous ces arrivages, toutes ces piles à ranger, ressort toutefois une tête. Une tête et un torse. Une tête et un torse bien reconnaissables: ceux de Todd le géant.

Les premières pages donnent le ton.

Les premières pages donnent le ton.

Todd le géant est tout noir, tout immense et tout perplexe. Il fait face à un sacré problème. Il s’est fait chouraver son slip. Todd le géant est donc tout noir, tout immense et surtout tout nu. On comprend alors qu’il lui faille partir dans une quête proto-existentielle sur les traces des petits rouges qui sont sensés l’avoir subtilisé. Ce postulat d’une simplicité extrême, né du doux délire de départ de l’auteur, porteur d’une connotation originelle très enfantine, révèle très rapidement  un univers de fantasy alternatif de haute volée bien éloigné des sempiternels nains des profondeurs et autres hautains elfes. L’histoire est dense, le narratif infiniment bien construit et le minimalisme graphique achève de mettre au premier plan une inventivité globale terriblement rafraichissante.

Même sans contexte, ça me semble à pouffer.

Même sans contexte, ça me semble à pouffer.

Tout dans Todd est vecteur de candeur tout autant que de décalage. Les attitudes, les piques verbales, les réflexions, les concepts, les mythes, la faune, les rebondissements… Un escargot à l’évolution non darwinienne, une chouette amicale au langage fleuri, une mitose de nuage… Candeur éclatante, gentillesse sourde, décalage merveilleux servis par un gaufrier quasi immuable de 6 cases par page, limiteur et impulsion créatrice à la fois.

Il faut savoir à ce sujet que l’album fait 1008 pages (un beau petit pavé, donc) comprenant un total exact de 6001 cases. L’initié reconnaitra là le joli score (le joli record) des carottes de patagonie de Trondheim, dépassé d’une petite case de bon aloi. C’est bien avec ce nombre précis en tête que l’auteur s’est lancé dans son récit. L’album étant d’un format plus ramassé que les carottes, le défi est encore plus réussi. D’ailleurs, pour ne pas perdre en confort de lecture tout en évitant de détruire l’album à la moindre ouverture, l’éditeur a fait preuve d’une certaine audace en laissant apparente la reliure.

Pour décrire cet album, moi non plus.

Pour décrire cet album, moi non plus.

L’album est recouvert d’une belle jaquette qui lui confère une partie de son charme, se remise facilement et qui, une fois enlevée et donc protégée de toute dégradation, révèle un dos nu, cartonné d’aucune façon. Le jeu de collage et de couture des cahiers laissé ainsi libre permet d’éviter de casser l’album ou de marquer d’atroces et définitives pliures sur son épine dorsale. La surcouverture camoufle efficacement le tout lorsqu’il le faut mais ne subit pas la lecture du quasi-cube outre mesure.  L’album est souple, transportable et le lecteur peut se laisser porter par ses habitudes de lectures sans avoir à entrebâiller seulement sa BD pour sa préservation.

Devinez le nom des potes de Ringo ?

Devinez le nom des potes de Ringo ?

Todd le Géant qui s’est fait voler son slip entreprend un voyage à première vue étonnant et aléatoire mais rempli de sagesse et de bon sens. Quand toute une clique de personnages bigarrée prend la peine de poser ses réflexions, ça donne un récit qui suit un cours tranquille mais non sans tumultes. Todd est le récit du lent apprentissage et de l’éducation à l’acceptation de la notion vitale et inévitable de bouleversement. L’album distille une certaine sagesse de la résignation, philosophie positive lorsqu’acceptée pleinement et transformée en projet optimiste.

Todd repose tout autant sur une arythmie de prise de conscience que sur un jeu d’explications en tiroir intelligent et intrigant. L’auteur y plante puis y fait pousser des champs entiers de messages positifs auto-critiques réalistes mâtinés d’humour et d’un recul salvateur.

Todd le géant a perdu son slip, de Alex Chauvel

Un joli petit Todd

Entre tous les jeux visuels discrets implémentés avec efficacité se nichent aussi une honnêteté et une fraicheur lexicale créatrice d’attachement et vecteur d’intime.  En résumé, Todd est une BD à la bienveillance rayonnante, qui nous en fait presque oublier les multiples hécatombes qui la parsèment.

Todd le géant s’est fait voler son slip, Alex Chauvel, The Hoochie Coochie, 1008p, 25€
À retrouver dès sa sortie à Aaapoum Bapoum

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