Comment j'ai compris la mort
 

De fil en aiguille, de Daredevil à l'enfance.

Par Stéphane

Comme beaucoup d'enfants, je restai longtemps intrigué par «la mort». Pourtant, il me fallut pas mal de temps avant d’en saisir, ou plutôt de définir, une image et un concept que pouvais m’approprier. Ce travail passa par deux œuvres, en partie.

La première c’est Blade Runner, le film, dont je me souviens n’avoir rien compris ou presque en dehors du sentiment à la fois vague et puissant de ce que peut être le terme d’une vie. En conclusion, Roy le robot s’éteint la caméra en gros plan son visage, alors que la pluie bat son plein et masque possiblement les larmes qui se déversent de son œil, pourtant mécanique, à l’approche de sa fin.

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La seconde image, c’est la couverture du Strange 181 signée Frank Miller et datant de janvier 1985. Elle marqua mon esprit d'enfant pour ce qui est de l’autre versant de la mort, c'est-à-dire du point de vue de ceux qui restent et sont en deuil. On y voit Daredevil, visage nu, enserrant de ses bras la croix de marbre qui surplombe la tombe de sa défunte aimée. Au geste, urgence de sentir la chaleur humaine, s’oppose la pierre, dont la froideur est soulignée par la neige qui tombe à gros flocons sur cette scène désespérée.

Aujourd’hui encore, lorsque j’utilise le mot dans une conversation ou dans une critique, c’est invariablement ces deux images qui remontent à mon esprit comme pour illustrer ma pensée, ou mon sentiment.

 
Daredevil, par Maleev & Bendis
 

Bon anniversaire, ange ou demon ?

Par Stéphane

Ça commence à se savoir dans l’industrie du comic book, Brian Michael Bendis restera le scénariste américain le plus doué de ce début de XXIeme siècle. Powers, où les aventures d’un duo de policiers dans un monde envahi de superhéros. Alias, récit de la réinsertion d’une superhéroïne qui abandonne le port du costume à la suite d’un drame violent. Autant de terribles chefs d’œuvre au traitement adulte, et auxquels s’ajoute la reprise du célèbre Daredevil. Une série à laquelle Vlad et moi avons converti nombre de nos clients, jusqu’au Saint patron Jacky qui, samedi dernier, s’eclipsait une petite heure de la boutique en emportant le nouveau recueil que je venais fraichement de m’acheter. Si vous trouvez qu’il y a un champ lexical du religieux particulièrement développé dans les lignes que vous venez de parcourir, c’est normal. Daredevil et le Christ ont un tas de choses en commun. Bon sujet, non, pour un lundi de paques?

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Pour mesurer le travail de Bendis sur cette série, il faut remonter un peu dans le temps. En 1980, le "diable rouge de Hell’s Kitchen", comme le nomment ses ennemis, prend sous la plume de Frank Miller une toute nouvelle dimension : création d’un lien entre port du masque et idéologie –ici religieuse-, et d’un autre entre port du costume et déviance psychotique. Je n’en dirais pas plus à ceux qui ne l’ont pas lu, mais lorsqu’il abandonne la série, DD, comme le nomment les intimes, a des allures d’icône au sens pieux du terme, oscillant entre martyr condamné au deuil et justicier menacé par la déchéance du faux pas amoral. Une vision qui perdure jusqu’aujourd’hui et que l’adaptation cinématographique, médiocre, retranscrivait bien.

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Pour le plus grand plaisir des lecteurs avides de scénarii ambitieux et matures, Bendis approfondit le traitement pour la première fois en presque vingt ans. Il s’agit maintenant de confronter l’avocat justicier à de nouveaux démons en conservant cet équilibre précaire – la fine ligne rouge à ne pas fanchir- en toile de fond. Et de tester les limites, quitte à provoquer la rupture. Plus sombre et ambiguë que jamais, porté par le dessin au photoréalisme urbain et crade de Maleev, la série peut sans embarras prétendre au titre du meilleur comic mainstream en court de parution. Ça tombe bien, ce dixième volume sorti jeudi dernier (sixième en vrai car le cycle de Bendis commence au tome 4) marquait aux USA les 40 ans du héros.

 
Vers une disparition de la couleur directe ?
 

De l'Helldorado à Minority Report

par Vlad

En relisant le premier volume de Helldorado, un scénario de Morvan et d'un certain Dragan, magnifiquement mis en images par Noé (un transfuge de la bédé de sexe), m'est venue l'ébauche d'une réflexion. Elle ne concerne pas l'intrigue, historique fantaisie dont j'attendrai le prochain volume pour me faire une idée plus précise, mais bien la forme. Ces planches magnifiques ont manifestement été réalisées sur ordinateur par un as de la palette graphique, maniant le stylet optique et le logiciel Painter à la perfection. La première implication de ce constat, c'est que les planches originales n'existent pas dans le monde physique, ce qui pourrait désespérer les galeristes du futur : mais ce n'est pas ce qui m'intéresse aujourd'hui. Ce qui m'a frappé, c'est que, là, sous mes yeux la fin d'une opposition séculaire s'est trouvée matérialisée. La peinture et le dessin, c'est désormais la même chose.

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Dans l'enseignement traditionnel des arts, avant que les surréalistes ne crachent partout et que des chevelus se mettent à faire des installations, on distinguait le dessin et la peinture. Le premier, incarnation virile et affirmée de la structure primordiale s'opposait à la seconde, ce fard typiquement féminin, aux attraits vaporeux et duplices. Ce qui faisait vraiment la différence entre les génies et les tâcherons c'était le dessin. Puis il y a eu la bédé franco-belge, avec l'esquisse et l'encrage pour l'homme et le coloriage des bleus pour sa femme. En ce sens la bédé revendiquait bien haut son héritage classique.  Dans les seventies, 1976 pour être précis, Moebius a osé Arzach, et la couleur directe, c'est-à-dire que ce gars a osé  barbouiller son beau dessin qui était en dessous, sans travailler sur une copie où les noirs sont imprimés dans une couleur plus légère, «un bleu» comme on dit dans le métier des artisans d’antan. La couleur directe cette invention queer (Moebius, Bowie, même combat) était signe de prestige, de maîtrise et de prise de risque.

Avec Painter et des gens de la trempe de Noé, la couleur directe va disparaître. D’abord physiquement, évidemment, puisqu’il n’y a plus de support matériel. Ensuite la notion va s’étioler puisque son enjeu, la prise de risque, n’existe plus. En effet les logiciels modernes permettent de créer un nombre infini de copies et surtout ils permettent à travers ce qu’on appelle « l’historique » de revenir à des étapes précédentes de l’œuvre, stockées dans la mémoire de l’ordinateur (là la majorité de nos lecteurs se dit « olala il nous gonfle, on sait tout ça ! », mais j’essaie de m’adresser à tous, même à ma grand-mère ). Autant dire que la notion de risque est dès lors annihilée.

Enfin et ça c’est plus nouveau, les étapes du processus créatif d’une image sont fusionnées, rendues indissociables. Il n’y a plus la primauté du dessin. Ce qui est troublant c’est que le geste et l’instrument qui sert à peindre et à dessiner est désormais, le même. C’est le même stylet sur la même palette qui va nous produire de l’huile, de la gouache, de l’aquarelle, tout aussi bien que de la craie comté, du fusain et de l’encre de chine… Le pinceau et la plume fusionnés ! Et pour pronostiquer un peu plus loin à la Minority Report (ça, Mammy, c’est un film de Spielberg qui se passe dans le futur), bientôt tout ça jaillira directement des doigts de nos créateurs sur un écran immatériel. La disparition de gestes distincts, la disparition de notions distinctes… Qui peut nous dire quelles conséquences cela aura sur nos cerveaux ?

PS : Mammy me demande ce que queer veut dire.

 
De la tristesse des milieux carcéraux dans le monde
 

Y a pas de ça chez nous monsieur, ah ça non…

Par Stéphane


Post conjoncturel, c'est-à-dire motivé par une suite d’événements vécus en moins d’un jour, je raconte.

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Dimanche 26 mars au soir, je mange chez moman. Fin de repas devant télé et Marcolivierfogiel, avec comme invité un ancien détenu de la prison américaine de Guantanamo. Il est français, mais comment diable s’est-il retrouvé capturé là-bas ? C’est la question sous-entendue sous le reportage, évidemment. Moi aussi ça m’intéresse.

Sauf qu’avant de se lancer dans une grande litanie autant insurgée que prévisible sur la tyrannie «du gouvernement américain qui emprisonne sans vergogne ni respect des droits de l’Homme…», l’émission commence par un court programme d’introduction, véritable panorama des pires conditions de détention à travers le monde.

Ouille, ça commence mal. Déjà, le narrateur présente Guantanamo avec des trémolos dans la voix pendant que défilent des images… d’Abu Ghurayb. Belle purée mais passons. Ensuite ça embraye sur la Chine, l’Amérique du sud, le Moyen-Orient et patati et patata, «c’est abominable, mais comment des gouvernements peuvent-ils laisser de telles horreurs se produirent…. My God, mais quelle indignation». Et bien sûr…aucun mot sur la France. Typique, ce regard sur l’étranger pour mieux se sentir fier de notre état de droit et de notre beau modèle républicain. Un pur fantasme ceci dit en passant.

Car comme me le rappelait mon pote Jules le lendemain pour en rajouter une couche, "ce n’est pas comme si la France venait de se faire épingler méchamment par le Commissaire aux droits de l’Homme du conseil de l’Europe,qui nous rappele que notre système pénitencier est l’un des plus insalubres d’Europe". Et pas qu’un peu, à lire les articles ici, ici, et surtout , que Jules m'envoya à ma demande depuis son Angleterre. Clairement, on est bien mal placé pour faire la morale à qui que ce soit.

Et la BD dans tout ça, attendez, j’y viens dans la suite avec une très belle surprise. Parole.


Ce même dimanche, dans l'après midi, j'avais lu les épreuves de L’Homme qui s’évada, une nouvelle bande dessinéeà paraître au mois de juin chez Actes Sud. Dans le livre, sont rassemblées en un recit les adaptations de Au bagne et de L’Homme qui s’évada, deux reportages du journaliste et écrivain Albert Londres, datant des années 1920. Pour résumer, le premier livre traitait des conditions de détention dans les bagnes français de Cayenne, le second narrait les retrouvailles avec Eugène Dieudonné. Ancien prisonnier rencontré lors de la visite du bagne. Accusé à tord puis déporté, ce dernier réussit à s’évader après quelques années de détention cruelles pour trouver refuge au Brésil. Londres l’y rejoignait pour le reconduire, gracié, sur sa terre natale, et écrire ce livre.

L’adaptation, sous la forme d'une bande dessinée unique, des reportages de Londres, en plus d’être un formidable récit d’aventure centré autour de la figure du martyr Dieudonné, est un bon moyen de reprendre pied avec le vrai visage de notre pays, dans son Histoire, mais aussi dans les multiples échos qu'elle renvoie à notre actualité. Voici en avant-première quelques planches non finalisées, avant couleurs, de ce livre à consulter dès sa sortie. Cliquez dessus pour les voir en plus grand

 
Walt Disney et la sexualité
 

Voici deux courts-métrages de Walt Disney censurés depuis plusieurs années maintenant, et pour cause...

La première vidéo ci-contre, datant de 1946, s'attaquait à la difficile élaboration d'un manuel didactique à destination des jeunes filles en fleur, eut égard à leur découverte des problèmes d'écoulement mensuel.

Il récidivait en 1973 avec ce délicat manuel didactique chargé de bien clarifier les origines et les conséquences des maladies vénériennes. Le tout sans aucun, mais alors aucun, moralisme.

 
Le mystère du fil du l'araigné dévoilé
 

Par Stéphane, qui reprend les dépêches AFP comme tout le monde


Ce fil de deux microns supporte en moyenne unemasse d’un gramme, ce qui correspondrait, à plus grande échelle, un filde 1 à 2 millimètres supportant un poids de 65kg.

Si l’araignée reste stable au bout de son fil quoi qu’il arrive, c’est grâce aux étonnantes capacités du fil qu’elle utilise pour tisser sa toile. Souvent associées au dégoût pour le grand public, l’araignée et sa toile présentent des qualités physiques naturelles qu’une équipe de chercheurs du CNRS de Rennes a étudiées,notamment la très grande résistance du fil et ses propriétés de torsion.

Les scientifiques ont voulu comprendre pourquoi une araignée suspendue à un fil arrive à rester parfaitement immobile, au lieu de tourner sur elle-même comme un alpiniste au bout d’une corde.

Ce qui précédait et suit n'est pas une blague, mais bel et bien une découvertes scientifique révélée par le CNRS en début de semaine. Qui à dit qu'on devenait tout les jours un peu plus cons en lisant le aaablog.

PS: Ah oui, vous l'aurez sans doutes remarqué, j'en ai profité pour illustre l'article d'une PHOTO TOTALEMENT INEDITE DE TOBY DANS SON NOUVEAU COSTUME DE SPIDERMAN...

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Dans la revue "Nature" publiée jeudi, les chercheurs du laboratoire de physique des lasers détaillent les différentes expériences qu’ils ont menées pour reproduire les propriétés du fil de l’araignée, précise le communiqué du CNRS.

A l’aide d’un pendule de torsion auquel est fixé un fil relié à une masse de poids équivalent à celui d’une araignée, les chercheurs ont comparé les réponses dynamiques de différents types de fils (cuivre, Kevlar, Nitinol) à une rotation de 90 .

Si le filament de Kevlar (matière synthétique) se comporte de manière élastique, avec des oscillations atténuées, un fil de cuivre présente de faibles oscillations mais revient difficilement à sa forme initiale, et en ressort fragilisé.

Quant aux alliages tels que le Nitinol, ils possèdent des propriétés similaires, mais il faut que ce dernier soit chauffé à 90 C pour retrouver sa forme.

Seul le fil de l’araignée possède un haut coefficient d’absorption des oscillations, indépendant de la résistance de l’air,et garde ses propriétés de torsion au fur et à mesure des répétitions.Enfin, il revient complètement à sa position originelle.

Il s’agit d’un matériau dit "à auto-mémoire de forme",c’est-à-dire ne nécessitant aucune aide extérieure pour retrouver sa configuration initiale (ni chaleur ni pression).

Bien que très fin, le fil de l’araignée est "un matériau très résistant, le fil de vie de l’araignée, composé de protéines,d’acides aminés", a expliqué à l’Associated Press Olivier Emile, l’un des trois chercheurs auteurs de l’étude.

Ce fil de deux microns supporte en moyenne une masse d’un gramme, ce qui correspondrait, à plus grande échelle, un fil de 1 à 2 millimètres supportant un poids de 65kg, a-t-il précisé.

Autant de propriétés qui dépassent, selon le CNRS, "celles des fibres synthétiques les plus élaborées".